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(Projet Lycée) Shan Sa, La Joueuse de Go

  • Photo du rédacteur: Ema
    Ema
  • 9 févr. 2021
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 oct. 2023

Le livre de Shan Sa, qui lui a valu un Prix Goncourt des Lycéens en 2001, m’a passionné. Découvert dans une lecture imposée d’un cours de français, il m’aurait accompagné dans l’Oral du Baccalauréat, annulé avec surprise par le confinement.



Pour vous donner envie de le lire: C’est les histoires de deux jeunes adultes qui grandissent des deux côtés du conflit de la guerre, se rencontrent autour du jeu de go et développent des sentiments que seul leur jeu peut dévoiler. L’histoire se déroule pendant la guerre sino-japonaise, dans les années 20. Autant qu’il est témoin d’une réalité violente, le récit déchire par les enjeux que les personnages doivent surmonter: difficultés familiales, des relations sentimentales ou physiques toxiques… Le livre témoignent de leurs actions, autant que leur pensée et comment ils s’émancipent des attentes de la société.. Sans trop en dévoiler, le livre bouleverse et la fin est très inattendue, ne soyez pas distrait par le début plus descriptif et lent!


Pour vous donner mon avis:

SPOIL: ne pas lire sans avoir lu le livre!

Ce commentaire a été rédigé en mai 2020, pour la préparation au Baccalauréat de Français. La demande était d’effectuer une affiche ou dessin représentant 1 des 8 livres lus pendant l’année (et d’inclure une citation), l’affiche est ensuite expliquée dans mon argumentation. Bonne lecture



Lorsqu’il m’a été demandé de présenter un livre que j’ai lu cette année, je n’ai pas hésiter car un livre a retenu mon attention, cet ouvrage m’a particulièrement touché pour les sujets qu’il aborde, des mots qui m’ont ému, une écriture magnifique, le réalisme des personnages. Loin des caricatures d’amants, ils ont une histoire et ils évoluent. Leur désespoir par rapport à l’amour a des raisons bien plus profondes que la plupart des romances édulcorées car leur caractère n’est pas dû à un simple raisonnement manichéen. La Joueuse De Go c’est l’histoire d’une femme, d’un homme, de deux pays, d’émancipation, d’amour, de vie. C’est pour cette raison qu’apporter un visuel et une réflexion sur ce livre m’a paru indispensable.



À travers mon illustration, j’ai souhaité refléter les éléments principaux du récit par le symbole. On retrouve au premier plan, la jeune fille, Chant de Nuit. J’ai fait le choix de la mettre en valeur par rapport à l’homme parce qu’elle se dévoile plus que lui. Elle garde du mystère comme son nom jusqu’au dernier chapitre, c’est pourquoi on ne distingue pas son visage. Mais son corps, lui, est visible, elle n’a pas peur de l’exposer parce que son corps lui appartient. Ouvertement, elle est forte, telle une jeune femme plus moderne que son époque. À travers le récit, elle va grandir, son corps évoluer, découvrir les relations physiques, tomber enceinte, puis avorter, elle va perdre du poids dû à la dépression et finalement mourir avec le physique d’un homme. Elle a l’audace et le mérite d’accorder à son corps toute sa valeur, mais la toxicité de ses relations avec les hommes va la blesser et la mener à ne plus lui faire honneur. C’est parce que son physique trahit son évolution tout au long du récit, qu’il m’ait impensable de ne pas en peindre les courbes sur le papier.

Je l’ai représentée tentant de toucher une main se reflétant dans un grand miroir. Cette main appartient au militaire, représenté seulement par un de ses attributs pour la raison que l’homme se dévoile très peu. Il me semble qu’il craint de le faire, de la même manière qu’il ne s’oppose pas à l’horreur de la guerre et du massacre des populations qu’il fait subir à ses yeux. À travers ce récit, je comprends, qu’il a évolué dans un environnement où le patriotisme est à son apogée tout comme le rejet de l’autre ou même de sa propre personne : il n’est pas conscient de sa valeur et pense avoir à disparaître dans la foule pour faire briller les autres. Mon dessin le représente tel qu’il est et tel qu’il veut être vu, invisible comme un fantôme, laissant dévoiler très peu de lui-même. Pourtant, tout comme à la fin du récit, il va réussir à faire un triste geste, quoique la plus grande action qu’il est pu faire. Au dernier chapitre, il va enfin faire un pas vers sa bien-aimée, il va attraper la main qu’elle lui tend et pour la première fois exposer ses sentiments. Il va remettre en question tout son existence, l’instruction ou la manipulation qu’il a subi, sa place dans l’armée, les paroles de sa mère, ses envies, ses peurs. Alors que « Elle » a toujours été consciente de sa différence et de sa place dans la société, « lui » le découvre brutalement lorsqu’il la rencontre. C’est pour cette raison que dessiner un si simple geste montre qu’il essaie à son tour de lui parvenir, de l’atteindre, avec tristesse. En effet, accepter ses sentiments pour elle et lui faire face c’est aller à l’encontre de tout ce qu’il connaissait. Leur amour est unique et il a su le chérir.

Pourtant, les deux êtres finalement conscients d’eux-mêmes et de leur amour, ne peuvent se rejoindre : ils sont séparés par le verre d’un miroir. J’ai choisis le miroir parce qu’il permet de faire face les deux personnages : c’est une position difficile, celle de l’aveu, qui permet un pas contre leur fierté trop imposante. C’est la représentation de l’acceptation de leurs sentiments et de leur face-à-face finale assemblés, mélange de réflexion et d’action, les deux bousculent leur quotidien en s’aimant. Aussi, le miroir montre qu’ils se reflètent l’un en l’autre par leurs gestes similaires, je souhaitais donc exhiber leurs similitudes : le deuil difficile qu’a connu leurs familles, leurs relations laborieuses avec le sexe opposé, leur histoire, importante à leur yeux, qui a une origine commune. Ils se voient l’un en l’autre et telle que nous nous regardons dans un miroir observant tant nos traits physiques que nos émotions, la jeune fille voie son âme dans l’esprit du jeune homme. Opposés au niveau social, ils sont reliés telles des âme-sœurs. Mais la glace les sépare, d’un côté et de l’autre, leurs mains ne peuvent se toucher : ils ne vivent pas dans le même monde. Cette séparation me permet d’exposer toute leur opposition, au niveau de leur sexe, éducation, classe sociale, mais surtout un conflit qui les entoure qui interdit leur union, la guerre. Tout comme dès le départ, leur relation était basée sur un mensonge lié à la guerre, plus ils s’approchent plus la guerre les fait reculer. Au fur et à mesure du récit, ils vont peut-être approcher leur amour mais le conflit armé qui détruit le paysage mandchoue apparait de plus en plus dans l’histoire et les massacres se multiplient. Comme si leurs pays se doutaient de leurs émotions, les tensions sont les plus vives et ils en pâtissent, leur vie personnelle se dégradent tout comme celles de leurs proches ou leurs souvenirs .

Finalement le seul moyen pour briser la glace, supprimer l’espace qui les contraint de s’éloigner, c’est agir. Dans mon illustration, je l’ai représenté par la citation « Entre la mort et la lâcheté, choisis sans hésiter la mort » une phrase prononcé par la mère du militaire avant qu’il rejoigne les troupes de l’armée. Cette phrase avait au départ un tout autre sens que celui que je lui ai donné : dans la tradition japonaise, se battre pour son pays c’est donner sa personne à sa nation et même mourir pour sa patrie, c’est oublier sa personne pour la grandeur de l’empire et le pouvoir de son empereur c’est ce en quoi, l’homme croyait jusqu’à ce qu’il est décidé de changer les règles. Se trouvant face à la femme qu’il aime, dans une situation désolante, livrée à elle-même, n’ayant pas la force de se protéger d’agresseurs sexuels et d’assassins, elle lui demande de la tuer. En agissant, il se tut aussi, il a fait le choix de la mort pour leur amour. Il a donc le courage d’affronter les sévères retombées en devenant aux yeux de sa famille, de sa patrie le lâche qui les a trahis. Je trouve que cette phrase résonne ironiquement dans ce texte, la mère semble donner un conseil tout à fait classique à son fils militaire mais pourtant la phrase a plus de sens qu’elle en a l’air. En fonction du lecteur, de ses propres croyances, l’interprétation est différente. Pour moi, l’amour triomphe sur les conflits, sur les règles qu’on s’imposent et celle qui nous sont imposés. Pour moi, même si je suis consciente ne pas connaitre la guerre ni ses raisons et qu’elle m’effraie, elle détruit bien plus qu’elle ne préserve en termes de biens physiques mais aussi social : elle divise, elle remet en question l’égalité et le droit de vie des personnes. Pour moi être lâche à la guerre, c’est avoir le courage de l’affronter, personnellement je trouve qu’en être « lâche » c’est agir. C’est pour cela que je respecte profondément les actions du militaire qui a su agir deux fois : contre la guerre et pour l’amour. Mais aussi, ce qui le plus important à mon gout est qu’il agit pour lui : parce que tout au long de sa vie, manipulé par la société tout autant qu’elle est influencée de l’histoire, des traditions et du culte impérial, à la fin du texte il a réussi à se libérer. Peut-être a-t-il agi pour « elle » et pour leur amour, on pourrait croire qu’il s’efface tout autant pour lui faire honneur, c’est peut-être le cas mais à travers cette action, il fait un pas vers lui-même, l’acceptation de ce qu’il est et de ce qu’il ressent. Cette évolution est remarquable, la citation que j’ai choisie lui est dédié, c’est faire honneur aux personnes qui font évoluer la société, en lui faisant face et lui montrant ses erreurs il est tout à fait possible qu’un individu jugé par la morale influence à son tour la société.

Pour finir, au bas du miroir, se trouve un goban, la table pour jouer au go, omniprésent dans l’histoire, le jeu de go est le symbole de leur union, rencontrés dans le but d’y jouer, ils ont forgés la découverte l’un de l’autre sur leur manière d’y jouer. Le jeu de go résume le raisonnement de l’histoire et permet aux personnages de s’évader de la réalité tout en la représentant symboliquement.



Après avoir terminé la Joueuse de Go, j’étais bouleversée. J’ai énormément apprécié ce récit mais ce que j’en retire est qu’il ne s’agit pas juste d’une histoire d’amour ! Le lire c’est s’ouvrir sur le monde, apprendre sur l’histoire de deux pays que personnellement je ne connaissais pas la tension, c’est apprivoiser l’amour d’une autre manière, l’amour qui nous fait grandir, celui qui nous permet de repousser nos limites et d’apprendre de l’autre. Mais ce livre c’est surtout deux jeunes adultes qui apprennent à dépasser les préjugés et donne une véritable leçon sur l’ouverture d’esprit et l’acceptation de son corps et de soi-même. Je souhaite préciser avoir choisi dans cette illustration et développement de partager les thèmes qui me semblent principaux mais tant d’autres sujets sont contenus dans cet ouvrage comme l’ambiguïté du triangle amoureux, la douleur d’un avortement caché qui semble une vérité sombre, la misère des soldats, leur rapport malsain aux femmes, la place méprisante de la prostituée et le respect pour les geishas, etc. Ce sont de nombreux thèmes que j’ai pu découvrir dans le livre mais dont l’analyse ne servirait mon argumentation.


N’hésitez pas à me donner votre avis sur le commentaire, par mail ou sur mes réseaux sociaux.

A bientôt


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© 2023 PAR EMA TAVERNE DIAMIN

 
 
 
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